Homélie du 30 mars 2025Ce 4° dimanche du Carême est appelé « le dimanche de la joie ». Et toute la liturgie de ce jour nous invite à nous réjouir, même si notre cœur et la situation du monde ne nous y invitent pas forcément directement. Et pourtant, la raison de cette joie c’est la découverte du monde de Dieu dans lequel nous sommes tous appelés à vivre. Cette joie c’est avant tout celle de celui qui reçoit le Pardon de Dieu : nous y sommes appelés en ce temps du carême ! et tout particulièrement avec nos 4 catéchumènes : Sara, Océane, Baptiste et Naël.
La 1° lecture nous dit la joie du peuple de Dieu qui a été libéré de l’esclavage d’Egypte. Après une longue traversée de 40 années dans le désert, il entre enfin dans la terre Promise. Cette entrée donne lieu à une grande fête. Ce texte de Josué nous révèle un Dieu libérateur et sauveur. Il veut que nous soyons libres et heureux. Que d’aspirations à cela chez de nombreux peuples soumis à la guerre et à la destruction ! Combien de temps cela durera-t-il, pensons-nous ? et jusqu’où cela nous mènera ?
Dans la 2° lecture, St Paul nous dit que c’est le monde entier qui a besoin d’être réconcilié : entre peuples, entre nations, dans nos familles, où tant de rancoeurs empoisonnent les vies et les détruisent ! « Laissez-vous réconcilier », dit l’apôtre ! Parce que Dieu ne nous abandonne pas, malgré les apparences : le Seigneur a pris l’initiative de nous donner Jésus pour venir « chercher et sauver celui qui se sentait perdu ». Alors, avec humilité et sincérité, laissons faire le Seigneur agir en nous. Rien n’est jamais perdu pour nous, pour moi ! Laissons-nous réconcilier avec Dieu et entre nous !
L’évangile nous invite à faire un pas de plus dans la découverte du vrai visage de Dieu. Nous avons de Dieu, dans notre imaginaire, des images obscures, fausse, d’un Dieu vengeur, lointain, bien pépère tranquille, qui ne se préoccupe guère de nous. Cette belle parabole, volontairement inachevée (car on ne sait pas ce que fera le fils aîné, finalement), elle nous parle de Dieu et de nous. Elle nous dit que c’est ainsi que le Seigneur agit avec nous : il nous laisse libres. Il nous fait le don de sa liberté. Et c’est à nous d’en faire un bon usage.
Mais quand nous nous éloignons de lui, Dieu nous porte toujours dans son cœur : c’est pour cela que nous n’avons pas à juger nos frères qui semblent s’éloigner de Lui : qu’en savons-nous ? Qui sommes-nous pour juger nos frères ? Le Seigneur attend notre retour confiant. Il est comme ce père qui est sur le pas de sa porte en train de scruter la route, dans l’espoir de voir revenir son enfant qu’il aime toujours et plus que jamais. Et un jour, il le voit apparaître ! il est tout ému en le voyant, il court à sa rencontre, il le serre dans ses bras et l’embrasse. Malgré les nombreuses bêtises ce fils, son père est heureux de l’accueillir.
Quand on se sent fragilisé, pécheur, on se sent vraiment peu de chose, on se sent sale, on se sent malheureux. Et quand nous nous tournons vers le Seigneur, humblement, nous découvrons que sa grande joie c’est de nous accueillir. Dieu ne peut pas en vouloir à ses enfants, quoi qu’ils aient fait !
Mais dans cet évangile, il y a un problème : le fils aîné rejette son frère au lieu de l’accueillir. Il a raison à première vue, car son frère a gravement fauté, il a déshonoré la famille, il doit assumer les conséquences de ses actes. Ce fils aîné se considère comme juste et irréprochable, et il oublie alors que son orgueil le coupe de l’amour de son père et de son frère (« ton fils que voilà », l’appelle-t-il)
Ce père dont parle l’évangile nous révèle le cœur de Dieu : il nous aime au-delà de toute mesure. Il attend toujours notre conversion. La conversion, c’est un long chemin, au gré des événements, de nos humeurs, de nos questions, de nos relations plus ou moins fraternelles. Mais un chemin nécessaire pour grandir dans la foi et l’amour fraternel. C’est pour cela qu’avant leur Baptême, leur Confirmation et leur Communion la Nuit de Pâques, Sara, Océane, Naël et Baptiste vont maintenant, devant nous, recevoir l’imposition des mains, l’onction d’huile des catéchumènes sur leurs mains, signes du Salut, de la miséricorde infinie du Père, de la bienveillance du Christ et de la Force de l’Esprit-Saint.
Entrons dans ce monde de Dieu, malgré la situation de notre monde qui risque de nous ébranler ou nous faire perdre nos repères de croyants. En ce temps de Carême, intensifions ce chemin intérieur de nos vies. Laissons-nous toucher par ce regard plein d’amour du Père.
Enfin, l’Eucharistie que nous célébrons ne rassemble pas des justes ni des irréprochables, mais des pécheurs pardonnés : soyons-en sûrs, frères et sœurs !
Alors, ensemble, rendons grâce à Dieu notre Père, pour ce passage heureux de la mort à la Vie !
P.Georges